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Charles Dickens

Charles Dickens va acquérir une grande popularité en quelques mois, en Angleterre, mais aussi dans le monde entier. Il touche toutes les classes sociales, des ouvriers à la reine Victoria, arrivée sur le trône en 1837.

Il peint un tableau social de l’époque. Henry James disait que « c’était le plus grand des romanciers superficiels ». Et il est lu et apprécié par Karl Marx, Léon Tolstoï, Franz Kafka….

Sa vie est pleine de voyages, de romans, de lectures publiques…

 

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Le grillon du foyer (Nouvelle des contes de Noël)

Son enfance


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 Charles Dickens
Il naît à Landport (près de Portsmouth, Royaume Uni) le 7 février 1812. En 1814, sa famille émigre à Londres.
Charles lit très tôt, Robinson Crusoë, Don Quichotte, Les Milles et Une Nuits font partie de ses lectures d’enfant.
John Dickens, son père, est un personnage fantasque. Très dépensier, il accumule les dettes. Afin de pourvoir aux besoins de la famille, il impose à Charles d’arrêter l’école, pour être employé dans une manufacture de cirage, dont un cousin James Lamert est directeur. Charles côtoie des personnes qu’il n’aurait jamais rencontrées autrement. Le milieu ouvrier. Alors que Charles a 12 ans,, en 1824, son père est appréhendé pour dette et jeté en prison. Elizabeth, la mère de Charles, décide d’y rejoindre son époux. En effet, dans le cas d’une accusation de dette, la famille pouvait suivre et vivre avec le prisonnier. John sera libéré en mai.
Enfin, après cette expérience du travail, son père le renvoie à l’école, sa situation financière s’étant améliorée. Et à 15 ans, Charles retourne travailler dans un cabinet d’avocats, comme clerc.
Tout au long de sa vie, Charles Dickens devra éponger les dettes de son père.

Catherine Hogarth, mais pas que…

En 1828, Charles devient reporter au Tribunal ecclésiastique Doctors’ Commons. En 1830, afin de combler les lacunes de son éducation, il prend une carte de lecteur à la Bibliothèque du British Museum. En mai de cette année, il rencontre la fille d’un banquier, Maria Beadnel. C’est son premier amour.

Il a alors 18 ans. Mais lorsqu’il s’agit de fiançailles, le père de Maria n’est pas d’accord. Il ne peut laisser sa fille épouser l’enfant d’un homme qui a été emprisonné pour dettes ! Maria est envoyée dans un pensionnat en Suisse.

 

George Hogarth, directeur de l’Evening Cronicle, dans lequel Charles Dickens publie les sketches de Boz en 1835, a plusieurs filles. C’est l’aînée, Catherine Hogarth, que C.Dickens épouse en 1836. Les sœurs de Catherine ont beaucoup d’importance pour Charles. Mary, qui habite avec le couple, devient une amie intime, une sœur pour Charles. Et c’est dans ses bras qu’elle meurt en 1837.

 

Charles et Catherine ont une vie de couple difficile. La sœur de Catherine, Georgina, s’installe chez eux. Elle va vite prendre une place importante et supplanter sa sœur. Elle est à la fois servante, préceptrice et maîtresse de maison.
Georgina prendra le parti de Charles, lors du divorce de Catherine et Charles, prononcé en 1858. C’est elle qui s’occupera ensuite de leurs dix enfants.

 

En 1857, Charles remarque la jeune actrice, Ellen Ternan. Il va entretenir avec elle une relation amoureuse et Ellen sera logée avec la famille de Dickens. Cette relation durera jusqu’à la mort de Charles Dickens.

 

Contrairement au grand succès qu’il rencontre, Charles Dickens a une vie privée très compliquée.

Catherine_Hogarth
Catherine Hogarth

 

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Georgina Hogarth

 

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      Ellen Ternan

L’écriture

Son ambition de devenir rédacteur parlementaire se réalise en 1832. Il est admis à la « galerie » du Parlement, pour le compte du journal « Le vrai Soleil ». C’est au journal qu’il rencontre John Forster, qui devient son ami intime, son conseiller, puis le légataire de ses manuscrits et enfin son premier biographe.

Charles Dickens enregistre les débats sur l’Irlande, l’administration des Indes, l’abolition de l’esclavage, le paupérisme.

Il est inspiré par les écrivains du XVIIIème siècle comme Jonathan Swift. Et est grand admirateur de Walter Scott. Plus que Walter Scott, Dickens s’adresse à un large publique. Il est journaliste, très intéressé par le théâtre, le roman comique, sentimental, gothique. Afin d’en faire bénéficier le plus grand nombre, il publie en feuilleton dans des périodiques, moins onéreux que les livres. Il s’inspire des romans gothiques apparus vers la fin du XVIIIème siècle, avec les vieilles maisons, les demeures avec les donjons, les passages secrets. Ces inspirations que l’on trouve par exemple dans son premier roman, en 1835, Les papiers posthumes du Pickwick Club, publié en feuilletons. Ce sera un premier succès.

Thomas Carlyle, malgré une relation distante est le mentor de Charles Dickens., qui a une véritable vénération pour cet écrivain.

C’est en 1837 qu’il publie son roman Oliver Twist en feuilletons.

Son premier conte, Un Chant de Noël, paraît en 1843, puis en 1845 Le Grillon du Foyer. Noël chez Dickens est une période joyeuse. Il en aime l’esprit. Mais sans omettre que cette période ranime les sentiments de nostalgie et de solitude.

 

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        John Forster
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        Wilkie Collins
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William Charles Macready

Plus tard, en 1849, il publie son roman d’inspiration autobiographique David Copperfield.
Charles Dickens est sensible à la condition ouvrière, à la misère. Cette sensibilité est restituée dans ses romans.
Franz Kafka rend hommage à David Copperfield dans son roman l’Amérique. La critique de la bureaucratie chez C.Dickens se retrouve chez Franz Kafka.

 

Charles Dickens publie hebdomadairement ou mensuellement. Et pour cela, il doit écrire vite. Il est dans une pression constante.

Il a une haute idée de la littérature et dans ce domaine aussi, il supporte mal les échecs. C’est un autodidacte, et il a un complexe à ce niveau. C’est peut-être une des raisons pour lesquelles il met beaucoup d’énergie dans l’écriture. Ses romans peuvent être empreints d’humour, et à ce propos, il écrit un jour :

« Quand quelque chose me semble cocasse, c’est plus fort que moi, je ne puis résister à la tentation de pousser ma gaieté à la bouffonnerie et d’en tirer des effets extravagants. »

 

Dans les années 1850, ses romans sont plus sombres, comme Les Grandes Espérances ou Les Temps difficiles.

 

La passion du théâtre, il l’aura toute sa vie. Il fait de longues tournées de théâtre amateur dans toute l’Angleterre. Il réunit ses amis John Forster, Wilkie Collins, mais aussi l’acteur MacReady.

Une de ses autres passions est la lecture publique. Il vit les scènes qu’il lit. Durant ces lectures, il joue de la forte emprise qu’il a sur le public et aime voir les réactions des auditeurs. Une emprise qu’il a sur les gens en général, et ceux de son cercle privé.
Il peut lire pendant plusieurs heures, parfois devant 2000 à 3000 personnes. Il use sa santé pendant ces lectures, à force d’y mettre toute son énergie. Au point d’avoir des malaises sur scène. Il gagne beaucoup d’argent grâce à ses lectures. Mais surtout, ce qui est le plus important pour lui, c’est le grand succès qu’il rencontre à ces occasions.

Charles Dickens et la société

Durant l’époque victorienne, l’industrialisation est massive, ainsi que l’urbanisation. Ce qui donne un sentiment d’instabilité. Nous sommes en plus en pleine période de remise en cause des questions religieuses, avec les travaux de Charles Darwin.
Tout ces changements importants génèrent le besoin de retrouver des repères stables, des normes, partout où cela est possible.
C’est une société déstabilisée qui se raidie.

La criminalité donne lieu a des statistiques, qui n’existaient pas auparavant. Et les chiffres sont énormes.

On retrouve des problèmes de notre époque, comme le repli sur soi, contre les agressions extérieures.

 

C.Dickens, dans la gestion comptable de l’économie, veut intégrer des principes humains.
Il montre dans ses romans une réalité que les gens côtoient, mais préfèrent ignorer. Ce qui est encore le cas de nos jours.
Il est contre l’enfermement des prisonniers et montre que cela n’arrange rien et peut rendre fou.

C’est un radical, mais qui ne partage pas pour autant certains éléments de la gauche de l’époque. En revanche, il réagit plus à l’instinct, il est difficile pour lui de théoriser son ressenti social.

Charles Dickens est pris dans ses contradictions : il a peur du peuple et de la foule, a horreur de la violence, et en même temps il écrit et œuvre contre la pauvreté. Cette pauvreté qui lui rappelle aussi de mauvais souvenirs et dans laquelle il a très peur de retomber.

Pour les classes populaires, la révolution industrielle est terrible. C.Dickens veut lutter contre ce qui lui rappelle son enfance traumatisante.

Charles Dickens est pris dans ses contradictions : il a peur du peuple et de la foule, a horreur de la violence, et en même temps il écrit et œuvre contre la pauvreté. Cette pauvreté qui lui rappelle aussi de mauvais souvenirs et dans laquelle il a très peur de retomber.

Pour les classes populaires, la révolution industrielle est terrible. C.Dickens veut lutter contre ce qui lui rappelle son enfance traumatisante.

 

C. Dickens dénonce dans Oliver Twist cette idée de l’époque que l’on est coupable d’être pauvre et il faut punir les pauvres. Il évoque les « workhouses ». Une loi sur les pauvres votée à l’époque et qui oblige les municipalités à construire des asiles, qui sont à la fois des ateliers et des dortoirs. Les indigents y vivent dans des conditions inhumaines : Les familles et les enfants sont séparés, la discipline est très dure (fouet, cachot, privation de nourriture…), les problèmes d’hygiène dans les dortoirs…

Workhouse
Workhouse

Il dénonce cette notion qu’il ne faut pas aider les pauvres au-delà du minimum de ce qu’ils pourraient gagner en travaillant. Ce débat qui a une résonance avec les questions sociales actuelles.

Les personnes enfermées représentaient celles qui n’avaient pu s’adapter à la nouvelle société, de plus en plus compétitive et au travail mécanisé.
D’ailleurs, lors de la parution des premiers épisodes d’Oliver Twist, le mouvement contre les « workhouses » a connu une recrudescence.

Dans son roman, La vie et les aventures de Nicholas Nickleby, il évoque une école du Yorkshire dans lesquelles les fils pauvres de bonnes familles sont mis. Ces « écoles-mouroir » où règne la misère et l’injustice.

Depuis 1838, avec Angela Coutts, philanthrope milliardaire, C.Dickens étudie les conditions sociales de Londres. C’est un grand marcheur et il aime les marches nocturnes à travers Londres. Même dans les quartiers les plus défavorisés. Il se fait parfois accompagner par un policier. Il entre aussi en contact avec le docteur Sounthwood Smith, auteur d’un rapport sur les taudis de Whitechapel. Sensible à la condition féminine il participe à la fondation, avec Angela Coutts, de l’Urania Cottage qui accueille les femmes dites « perdues », pour leur donner une éducation dans les meilleurs conditions.

Dans ses livres, Charles Dickens dénonce la misère de la classe ouvrière, la déshumanisation du monde du travail, l’endettement, la pollution. Comme dans cette ville de Coketown (Les temps difficiles), la ville du charbon avec son ciel de suie. Et bien sûr, les politiciens sans scrupules et la bourgeoisie persuadée de la divinité de ses droits.

Les voyages de Charles Dickens

Aux Etats-Unis

Partir aux Etats-Unis ! En plein XIXème siècle c’est un très long voyage, duquel on est pas certain de revenir. Charles Dickens part avec sa femme. Il laisse ses enfants en Angleterre aux soins de Macready et de Georgina Hogarth.

Arrivé à Boston, il est reçu triomphalement. Mais alors qu’il pense trouver en Amérique des solutions aux problèmes liés à l’industrialisation, il éprouve une déception quant à la politique et à la démocratie américaine. Il est très clairvoyant sur les problèmes raciaux, qu’il a soulignés (toujours d’actualité). Il fait un réquisitoire contre l’esclavage, contre la violence des armes et la corruption de la vie publique.

Ses livres, aux Etats Unis, ne lui rapportent pas d’argent, alors qu’il y rencontre un grand succès. En effet, les américains à l’époque ne respectent pas encore les droits d’auteurs. Il rencontre à l’occasion de son voyage, E.A.Poe.

En Europe

Ses voyages en Italie, il ne les entreprend pas dans l’esprit du « Grand Tour ». Ce grand tour, destiné à parfaire l’éducation des classes dominantes de la société européenne. Qui y découvre les arts, l’antiquité, et y acquière des œuvres.
Non, Charles Dickens veut découvrir la vie des italiens. C’est la vie quotidienne qui l’intéresse.

Pour aller en Italie, il traverse la France. A Paris, il aime, comme à Londres, se promener dans les rues. Puis, sur le chemin de l’Italie, lorsqu’il visite le Palais des Papes à Avignon, il est fasciné par les représentations des scènes de torture de l’inquisition. Comme il est fasciné par la mort, qu’il a vu de près lors d’un accident de train.
Ces voyages à travers la France et l’Italie lui donnent l’impression d’un retour vers le passé.

FIN

Charles Dickens meurt le 9 juin 1870. Il laisse un roman policier inachevé, Le mystère d’Edwin Drood.

Cet homme à l’activité débordante, brillant et qui déteste l’échec, avait aussi son côté tourmenté. Certaines problématiques évoquées dans ses romans sont souvent encore d’actualité.

 

Sources : Babelio, France Culture

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